Dijon: 10 exécutions sordides qui hantent la place Emile-Zola

Article publié le 31 octobre 2016

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Si elle a aujourd’hui l’apparence d’une paisible terrasse géante pour bars et restaus, la « place du Morimont », rebaptisée en 1921 place Emile-Zola, témoigne d’un passé plus lugubre. « A Dijon, le Champ du Morimont était le théâtre accoutumé sur lequel se jouaient les tragédies populaires à trois personnages: patient, confesseur et bourreau », écrit N. Clément-Janin, qui en 1889 leur a consacré un livre, Le Morimont de Dijon – Bourreaux et Suppliciés. Jondi a sélectionné les exécutions les plus surprenantes.

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10 – Empoisonné, pendu puis brûlé

En 1434, Pierre Girarde, prévôt de Dijon, paye Arvier Synart, exécuteur de la haute justice, «pour avoir mené et monté sur l’eschaffaut du champ de Morymont à Dijon, Girard Bardoillet, de Fouvant, et là, lui faire boire des poisons qu’il avait apportés de Florence, pour en faire user par aucuns gens de l’ostel de mon dit seigneur (le duc de Bourgogne), et après qu’il en avoit beu, qu’il fut mort, l’avoir pendu par le col hors de la ville de Dijon, puis ensuite dépendu et mis en cendre.»

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9 – Comme un Poisson…

torture-question-a-leau« Etienne Poisson exerce de 1465 à 1470 et, pendant ces cinq années, il envoie pas mal de gens dans l’autre monde. Les premiers en date sont Guillaume Jacot et Henry Tatoy, convaincus du crime de trahison. Poisson débute sur eux en maître ; il les rase, les met à la question à l’eau et à la corde, les décapite, les coupe en quatre quartiers, puis expose ces quartiers sur les grands chemins aux abords de la ville.

Clément-Janin détaille la « question à l’eau »:

Le prévenu refusant de faire des aveux ou n’en faisant que d’incomplets, on l’attachait sur un banc ou sur une courte échelle. Quatre cordes, fixées à des anneaux scellés à la muraille, tenaient ses bras et ses jambes écartés et dans la plus grande tension possible. On l’adjurait alors de dire la vérité – c’est-à-dire de s’avouer coupable, fût-il innocent -, et sur son refus, le tourmenteur lui serrait les narines et lui versait à petites gorgées dans la bouche le contenu de plusieurs pintes d’eau. S’il persistait, on doublait la dose en exerçant une tension plus énergique au moyen de chevalets qu’on glissait sous les cordes. »

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8 – Epaules emploi

Au XVe siècle, un bourreau dénommé Arny Signart a laissé sa trace dans l’histoire en exécutant de nombreuses personnes. Il savait, selon Clément-Janin, « varier les travaux »: Le 13 décembre 1440, il monta sur les épaules d’un teinturier nommé Odenet Dagnicourt, qui avait violé une petite fille de onze ans, mais après avoir eu soin d’ajuster une corde au cou d’Odenet pour l’empêcher de tomber.

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7 – Morceaux choisis

Il était fréquent de couper les gens et d’en exposer les morceaux sur le lieu de leur forfait. Clément-Janin évoque notamment, en 1562, l’exécution « d’un prédicant du nom de Gailletat. Il eut la langue percée et fut ensuite pendu ; puis maître Benoist détacha le cadavre de la potence, sépara la tête du tronc, et s’en alla à Chalon-sur-Saône planter cette tête sur un poteau. Le corps, rependu par les aisselles, devait pourrir aux fourches patibulaires. »

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6 – Du Joly boulot

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Si Bénigne Joly est aujourd’hui une clinique, le personnage n’en était pas moins attaché à exécuter sa tâche avec une précision chirurgicale:

« Ce que je vais vous raconter serait incroyable, tant cela s’éloigne de nos principes d’humanité, si on ne le lisait en toutes lettres dans la Vie de Bénigne Joly écrite par dom Antoine Beaugendre, religieux bénédictin de la congrégation de Saint-Maur.

Bénigne Joly assistait les criminels à leur pèlerinage sur la place du Morimont. Il était avec eux d’une patience, d’un zèle… mais je laisse la parole au bénédictin.

Il le fit bien paroistre un jour à l’égard d’un criminel condamné à la roue. Après avoir passé une partie du jour auprès de ce malheureux, sans pouvoir le porter à la pénitence ; après en avoir reçu une infinité de rebuffades et d’injures, enfin l’heure fatale arriva qu’il fallut aller au supplice. L’image si prochaine de la mort n’amollit point ce coeur de roche ; s’y laisse conduire ; il se laisse étendre et lier sur l’échaffaut ; il reçut même tous les coups qui lui brisèrent les membres, jusqu’à celuy qui devoit luy oster la vie, sans vouloir écouter ce que luy disoit M. Joly, toujours criant à ses oreilles pour luy toucher le coeur, sans en rien obtenir. Mais M. Joly ne se rebutant point des emportements de ce misérable… obtint qu’on surseoirait le coup qu’on appelle de grâce, qui le devoit faire mourir, pour voir enfin si ce misérable ne se rendroit point à la vue de la mort qu’il alloit souffrir dans un moment. Son espérance ne fut pas vaine, car enfin, dans cet état affreux, par une grâce toute extraordinaire, il se reconnut et se confessa avec des marques sensibles d’une contrition sincère, et mourut apparemment de la mort du bon Larron.

Comme M. Joly avait le coeur compatissant pour les souffrances du prochain! Ce petit récit de son biographe touche jusqu’aux larmes et cette façon de respecter la liberté de conscience a véritablement du bon.

Mais ce ravissant tableau d’un homme sur la roue, qu’un prêtre ne veut pas laisser mourir, a besoin d’être complété. Je copie toujours dom Antoine Beaugendre.

« On sçait, dit-il, qu’il n’y a rien de plus opposé à l’humanité naturelle que de voir un malheureux sur la roue souffrir pendant douze ou quinze heures, et quelquefois bien plus longtemps, les douleurs extrêmes de tous ses membres brisez à coups de barre. Le spectacle affreux de toutes ses playes, qui jettent le sang de tous côtéz, fait une horreur d’autant plus insupportable que le naturel de ceux qui sont obligez de l’approcher est plus doux et plus humain. » Et l’étonnant biographe plaint, non l’homme aux membres brisés, mais ce pauvre M. Joly! »

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5 – Les treize écorcheurs

mort-par-noyage-moyen-age« Le 28 mars 1440, treize écorcheurs [ndlr: des mercenaires démobilisés] furent surpris dans une Hôtellerie du faubourg d’Ouche de Dijon ; on les conduisit aux prisons de la ville, et le 5 avril suivant ils furent jugés et condamnés à être noyés dans la rivière d’Ouche, ce qui fut exécuté le même jour entre 9 et 10 heures du soir ; le lendemain ils furent tirés de l’eau et enterrés en terre profane. On ne les jugea pas dignes d’une autre sépulture tant leur nom était en horreur. On eut cependant soin de les faire confesser par quatre cordeliers. »

C’était un hideux supplice, la noyade. On cousait le condamné dans un sac, avant de le jeter à l’eau. Ne vous semble-t-il pas voir encore dans l’Ouche si calme, si paisible, « d’affreux sacs noirs faisant des gestes effrayants »?

Ainsi, l’on se débarrassait habituellement des écorcheurs. Quelquefois on économisait le sac.

« On en faisoit justice publique et de main de bourreau, dit Olivier de la Marche, et certifie que la rivière de Sosne et le Doux, estoient si pleins de corps et de charongnes d’iceux escorcheurs, que maintes fois les pescheurs les tiroient en lieu de poisson, deux à deux, trois à trois corps, liez et accouplez de cordes ensemble… »

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4 – Les coquillars bouillis vivants

coquillards-moyen-age-dijonClément-Janin rappelle l’histoire « d’une société appelée Compagnons de la Coquille ; ils se nommaient les Coquillars et faisaient métiers de voler, assassiner et fabriquer de la fausse monnaie. Ils étaient au nombre de plus de mille répandus par toute la France et soumis à un chef qu’ils désignaient sous le nom de Roy de la Coquille.

Ils se reconnaissaient à certain signe et se servaient entre eux d’un langage particulier, inintelligible pour le vulgaire. […]

Trois d’entre eux ayant été convaincus d’avoir fabriqué et mis en circulation de faux florins vulgairement appelés florins au chat, ou pistoles, furent condamnés à être bouillis vivants dans une chaudière sur la place du Morimont, puis pendus ensuite, et les six autres […] furent condamnés à être traînés sur la claie, puis à orner le gibet des Grandes Justices et à servir de manger aux oiseaux de proie. Jaquot de la Mer ne voulant pas abandonner les coquillars, alla tirer la langue avec eux au gibet commun.

Cette multiple exécution eut lieu le 18 décembre 1455. […]

torture-medievale-bouilli-vivantJe viens de parler de trois coquillars bouillis vivants ; le lecteur ne sera peut-être pas fâché de savoir comment Signart fit ce grand pot au feu.

Il prit une vaste chaudière de cuivre qu’il emplit d’eau ; il y ajouta quelques pots d’huile et lorsque ce mélange fut en parfaite ébullition, s’emparant des patients qui attendaient là, bien ficelés, il les jeta l’un après l’autre dans la chaudière, comme une ménagère jette un morceau de boeuf dans la marmite. C’était, on le voit, d’une simplicité primitive. »

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3 – L’âne de Plombières

En 1407, « maître Jehan » s’illustre par une exécution qui fera date. « Un âne de Plombières – un âne véritable, avec les fers aux pieds et la croix sur le dos! – ayant tué un enfant, cet infâme bourriquet fut amené devant les juges, et condamné à la potence. C’est probablement de cette exécution que date le sobriquet d’ânes de Plombières, donné aux habitants. »

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2 – Merci maman!

L’auteur conte l’exécution, au début du XIXe siècle, « des deux enfants Vigneron : Marguerite, âgée de 17 ans, Jean, âgé de 22 ans, nés à Missery, près de Saulieu. Ces deux innocents, ces deux martyrs, accusés d’avoir empoisonné leur oncle, connaissant la coupable, ne voulurent pas livrer son nom à la justice, parce que cette criminelle était Jeanne Debrabant, veuve Vigneron, leur mère!

Jean, cependant, était moins courageux que sa soeur. Plusieurs fois, au cours des débats – leur mère, aussi accusée, était assise à côté d’eux -, plusieurs fois Jean avait dit à Marguerite:

– Si tu voulais, pourtant, nous raconterions tout!

Mais jamais Marguerite n’y consentit. Le jury acquitta la mère et condamna à mort les deux enfants.

Le 5 septembre 1804 – la condamnation était prononcée depuis le mois d’avril! – on fit monter Marguerite et Jean Vigneron dans la charrette pour les conduire au Morimont ; mais Jean, malade depuis longtemps, mourut dans le trajet, et Marguerite seule fut exécutée. Le pourvoi de ces deux enfants avait été rejeté, « tant était grande l’horreur qu’inspirait leur crime! »

Quelque temps après, la veuve Vigneron – cette bête féroce, cette mère au coeur de bronze -, sentant la mort venir, déclarait publiquement avoir tenté, elle seule, d’empoisonner son frère, et proclamait l’innocence de ses deux enfants! »

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1 – Les bourreaux massacrés

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« Une jeune fille de 22 ans, d’une famille noble de Bourg-en-Bresse avait été séduite par une « sorte d’ecclésiastique du voisinage. » Elle était devenue mère et avait tué son enfant.

Condamnée à mort par le présidial de Bourg, elle appela de cette sentence au parlement de Dijon.

L’affaire vint devant la Tournelle, le lundi 12 mai 1625, et la malheureuse y vit sa condamnation confirmée. Elle devait être conduite au supplice la hart au col, et avoir la tête tranchée.

L’ancienne justice était expéditive. Aussitôt l’arrêt prononcé, le bourreau se levait.

« Il estoit donc trois heures et demie environ, – dit une relation du temps, reproduite par G. Peignot, – lorsque Hélène Gillet fut menée au Morimont pour estre exécutée ; elle estoit assistée de deux jésuites et de deux capucins. Le bourreau (nommé Simon Grandjean) s’estoit communié le matin dans la prison.

Enfin ce bourreau, après avoir souhaité d’estre en la place de la condamnée qui tendoit le col pour recevoir le coup, hausse le coutelas, il se fait une huée du peuple ; les jésuites et les capucins crioient : Jésus, Maria ! La patiente se doute du coup, porte les mains à son bandeau, découvre le coutelas, frissonne, puis se remet en mesme assiette qu’auparavant.

Le bourreau qui n’entendoit pas son mestier, lui pensant trancher le col, porte le coup dans l’espaule gauche. La patiente tombe sur le costé droict. Le bourreau quitte son espée, se présente au peuple, et demande de mourir. Le peuple s’esmeut, les pierres volent de tous costés ; la femme du bourreau, qui assistoit son mary en ceste exécution, releva la patiente qui en mesme temps marcha d’elle mesme vers le poteau, se remit à genoux et tendit de rechef le col. Le bourreau esperdu reprend le coutelas de la main de sa femme et descharge un coup sur la teste de la patiente, glissant au col dans lequel il entra d’un travers du doigt, duquel coup elle seroit encore tombée.

Ce qui augmenta la colère du peuple plus fort qu’auparavant. Le bourreau se sauve en la chapelle qui est au bas de l’eschafaut, les jésuites après, puis les capucins. La femme du bourreau demeure seule avec la patiente qui estoit tombée sur le coutelas… Elle prit la corde avec laquelle la patiente avoit esté menée, et la luy mit au col. La patiente se défend et jette ses mains sur la corde : cette femme luy donne des coups de pied sur l’estomach, sur les mains, et la secoue cinq ou six fois pour l’étrangler, puis se sentant frappée à coups de pierres, elle tire ce corps demy mort, la corde au col, la teste devant, à bas de la montée de l’eschaffaut. Comme elle fut au-dessous, proche des degrés qui sont de pierre, elle prend des ciseaux qu’elle avoit apportez pour coupper les cheveux à la condamnée, avec ces ciseaux qui estoient longs de demy pied, elle luy veut coupper la gorge ; comme elle n’en peut venir à bout, elle leslui ficha en divers endroicts.

Cependant le bourreau, qui estoit à genoux dans la chapelle, recevoit force coups de pierres qu’on lui jettait. Les bouchers et les maçons vouloient rompre la porte. La fureur de la commune estoit grande ; on crie : sauve la patiente!

Deux de ceux qui entrèrent les premiers au bas de l’eschafaut trouvèrent la femme du bourreau acharnée sur ceste pauvre fille; ils la luy arrachent des mains, luy ostent la corde du col, et la chargent sur leurs bras… Comme on l’enlevoit du Morimont, le bourreau et la bourrelle furent tuez à coups de pierres, de marteaux et de poignards. »

Ainsi périrent Simon Grandjean, et demoiselle Chrétien, son épouse, victimes de leur devoir.

Quant à Hélène Gillet, elle fut portée chez un chirurgien nommé Jacquin, qui se mit à panser ses plaies. Elle avait, outre les deux coups d’épée, six coups de ciseaux, quantité de coups de pierres, les reins entamés par le coutelas sur lequel elle était tombée, le cou et le sein meurtris des coups de pied que la bourrelle lui avait donnés. Elle se rétablit assez promptement. Des lettres de pardon lui furent accordées par Louis XIII, et entérinées par le Parlement le 5 juin 1625.

Mise immédiatement en liberté, elle se retira dans un couvent de la Bresse, où elle mourut dans un âge avancé. »

Publié par Jondi

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2 commentaires

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  1. Samuel

    Voila qui confirme mon opinion des habitants de Plombières depuis toujours.
    J’espère que Bertrand et Francesca ne s’y feront pas lapider comme Pierre Jourde dans son village natal,le courage journalistique et l’honnèteté intellectuelle ayant parfois un coùt élévé.

  2. C. RIFFAUD

    Tant d’années après,venez voir la place illuminée pour dire NON à la PEINE DE MORT,avec Amnesty International et la Ville de Dijon.Mercredi 30 novembre à 17h30.

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