Rencontre avec Julia Sintzen autour de son roman « Sporen »

Rencontre avec l’autrice Julia Sintzen autour de son roman Sporen, publié aux éditions Corti.
Sporen, ce sont les traces. Celles laissées dans nos vies intimes, qui croisent celles de l’Histoire.
Julia Sintzen, dans ce premier roman, d’une grande délicatesse et d’une densité rare, tisse la vie de Wim et Rinske et raconte leur quotidien aux Pays-Bas à la fin de la Seconde Guerre.
Leurs petits gestes, leurs silences, et parfois, comme une secousse dans l’eau à peine perceptible, leurs violences, s’expriment de manière très fine. Les fragments qui composent le récit alternent souvenirs et moments présents et ne sont pas sans rappeler le « flux de conscience » de Virginia Woolf.
L’autrice réussit également à tisser le langage en insérant dans le roman des phrases en français, en limbourgeois et en néerlandais, qui témoignent d’une difficulté à comprendre l’autre qui partage notre vie. Il s’agit ici de « chercher ses mots », comme dans cette scène très belle où, assis au salon, Wim et Rinske préfèrent ne rien dire plutôt que de ne pas avoir les mots justes.
Ici, pas de parti-pris pour l’un des personnages, c’est bien le couple, perfectible, trop humain, dont il est question.
Mais… soudain, il y a ce « Non » que Rinske ose prononcer à voix haute, un « Non » qui va perturber le sablier du temps.
Quand les protagonistes n’arrivent plus à « dire », c’est la nature qui parle, avec son langage propre :
« Les tiges ligneuses à l’assaut des sols pauvres, rampantes, s’accrochent les unes aux autres, elles s’accrochent à toute chose, l’englobent… »
Un roman magnifique.
Source et illustration : Librairie La fleur qui pousse à l’intérieur
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