Feu! Chatterton: « Un cadavre exquis ressuscité »
Article publié le 10 février 2015
Télérama titre: “L’élégance pop made in France.” Le Figaro parle de “rock littéraire flamboyant”. Faudrait savoir. Surtout qu’à l’écoute, on retrouve facilement un peu des deux. Quant au nom, c’est une énigme. Ça tombe bien: Feu! Chatterton est en concert à Dijon jeudi, et on a eu Sébastien, guitariste et claviériste, au bout du fil. Qui nous a parlé Noir Dés’, Beatles, Booba… avec un dénominateur commun: l’irrévérence.
“Dans le rock, on se retrouve. Dans le fait qu’il y ait des textes aussi. Même si le terme “littéraire” est un peu pompeux. Le côté pop, c’est parce qu’on est impressionnés par ce qu’ont fait les Beatles. Mais on est très influencés par Noir Désir ou Bashung: du rock, en français. Plus généralement, par tous ces artistes qui racontent des histoires, que ce soit Dylan, Bowie, Morrison… des textes forts avec des arrangements brutaux.”
Arthur, Clément et Sébastien ont poli ensemble les chaises du lycée Louis-le-Grand à Paris, il y a plus de dix ans. Leur formation initiale consistait à faire vivre les textes du premier à travers un slam instrumentalisé. Avant de revenir, en 2011, à une musique qui leur ressemblait plus. L’année suivante, le clip La Mort dans la pinède les révèle au grand public. Les prix s’enchainent et la sortie du premier EP, en septembre dernier, cartonne.
“Le cercle des poètes disparus renait de ses cendres”, s’enthousiasme le Figaro. Sans s’en plaindre (“les médias nous ont beaucoup aidés”), Sébastien nuance: “Les gens nous ont collé l’étiquette romantique parce qu’on aime bien jouer avec ça, le look d’Arthur avec sa moustache y participe, mais il y a beaucoup d’ironie pour nous. On aime jouer des mots, on a pas mal écouté Lunatic, Booba, Arsenic… en ce moment c’est Lino. Des gens qui ont du verbe, des textes travaillés. Mais on est aussi inspirés par des poètes des XVIII-XIXe siècles.” Là, le mec sort une liste de noms qu’on tente de noter mais on est obligés d’avouer que ça dépasse un peu nos compétences (t’avais qu’à mieux écouter le prof au collège).
“Chatterton.” Ça, ça nous dit quelque chose. Ah oui, c’est le nom du groupe. Feu! Chatterton est une référence à un tableau du XIXe, peint par Henry Wallis, La Mort de Chatterton. Thomas Chatterton a d’abord tenté de publier ses poèmes sous son nom. Refus de l’éditeur. Ce n’est que lorsqu’il a fait passer ses textes pour l’oeuvre d’un moine médiéval qu’il a connu le succès. Avant qu’on ne le traite d’imposteur: humilié, le jeune homme s’empoisonne à l’arsenic en 1770. Il a 17 ans.
“Ce qui nous a marqués, au-delà de la beauté du tableau, c’est l’histoire de ce poète. C’est cette irrévérence qui dit: ado, je peux tout faire. Pour casser le côté suicidaire, on a rajouté le “Feu!” qui marque un nouveau départ, mais c’est aussi cette expression désuète “Feu la reine”. Feu! Chatterton, c’est une résurrection. Un cadavre exquis ressuscité.”
Tellement exquis que Yann Rivoal, le directeur de la Vapeur, classe sans hésiter le groupe dans ses coups de coeur du festival GéNéRiQ: “Sur scène, ils dégagent quelque chose d’incroyable, une énergie puissante.” On attend donc leur première date à Dijon, jeudi, avec impatience. Sentiment partagé par Sébastien: “Hilldale, qui sont des potes, nous ont dit que la Vapeur était une super salle. Et le GéNéRiQ est un beau festival.” Et de répéter, modestement, pour la énième fois de l’interview: “On a beaucoup de chance.” Bonne nouvelle Messieurs, le succès ne tient pas qu’à la chance. Le succès, ça se mérite. A jeudi!



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