Pourquoi JK Rowling cite Dijon dans Harry Potter

Article publié le 5 mai 2016

L’écrivain britannique à succès évoque la capitale des Ducs de Bourgogne dans l’un des ouvrages les plus vendus de tous les temps. Merci qui? Merci John Dee!

Dans "Le Récit de Hagrid", on apprend l'enthousiasme d'Hermione à la simple évocation du nom de Dijon. Photo © BC - Jondi

Dans « Le Récit de Hagrid », on apprend l’enthousiasme d’Hermione à la simple évocation du nom de Dijon. Photo © BC – Jondi

A sa sortie en 2003, le passage avait fait l’objet d’interminables discussions sur les forums. Dans le cinquième tome de la saga du sorcier, Harry Potter et l’ordre du Phénix, on apprend que Rubeus Hagrid, Olympe Maxime, Hermione et ses parents sont tous passés par Dijon. Les deux premiers en 1995 lors de leur voyage au pays des géants, les autres en été 1993 lors de leurs vacances en France, explique le site Wiki Harry Potter, qui a reconstitué la chronologie.

« On a commencé par la France en prenant la direction de l’école d’Olympe parce qu’on savait que quelqu’un du ministère nous filait. Au début, il a fallu aller lentement vu que je n’ai pas vraiment le droit de me servir de la magie et qu’on savait que le ministère cherchait un prétexte pour nous arrêter. Mais on a réussi à semer l’abruti qui nous collait aux basques du côté de Dis John…

– Aaaaah, Dijon ? s’exclama Hermione, enthousiaste. J’y suis allée en vacances, vous avez vu le…

Elle s’interrompit en voyant le regard de Ron. »

On notera que Hagrid se rappelle « Dis John » (il parle bizarrement, ce Rubeus) et qu’Hermione a été marquée par « le… » Le quoi? Et surtout, pourquoi JK Rowling évoque-t-elle Dijon?

"Du côté de Dis John." Photo © BC - Jondi

« Du côté de Dis John. » Photo © BC – Jondi

Le service de presse de l’écrivain répond qu’elle n’est pas en mesure de (« not able to ») commenter ses précédents travaux. Bref, elle ne dira rien. Il est cependant peu probable qu’elle ait elle-même un jour mis les pieds à Dijon. Prof de français dans une vie antérieure, elle a bien passé une année de ses études à Paris, mais avoue avoir passé plus de temps dans les bars que sur les bancs de la fac. Et ne mentionne pas d’autre voyage. Ce qui expliquerait qu’Hermione esquive habilement de dire ce qu’elle a vu à Dijon. Un hasard, alors? Non.

En VO, Hagrid parle de "Dee-John", et non "Dis John." Photo © BC - Jondi

En VO, Hagrid parle de « Dee-John », et non « Dis John. » Photo © BC – Jondi

La solution est à chercher dans la version originale du livre, la référence ayant échappé aux traducteurs français. Car en anglais, Hagrid ne prononce pas « Dis John » mais « Dee-John ». Et Monsieur Dee, John de son prénom, est un personnage qui a bien existé.

John Dee: portrait du XVIe siècle, réalisé par un anonyme.

John Dee: portrait du XVIe siècle, réalisé par un anonyme.

Sa page Wikipédia résume son CV ainsi: « John Dee (13 juillet 1527 – 1608 ou 1609) était un célèbre mathématicien, astronome, astrologue, géographe et occultiste britannique. Il a consacré une grande partie de sa vie à l’étude de l’alchimie, de la divination et de l’hermétisme. » Conseiller personnel de la reine Elisabeth en matière de science et astrologie, il a notamment choisi la date de son couronnement en 1558. Conseiller de navigation lors des Grandes Découvertes, il a été le premier à employer le terme d’Empire Britannique.

Pas étonnant que JK Rowling ait souhaité faire un clin d’œil à celui qui par ailleurs, à son époque, possédait l’une des plus belles bibliothèques d’Europe. Car, comme le souligne le site Harry Potter for Seekers, la saga regorge de références au symbolisme alchimique. Ainsi le sorcier Nicholas Flamel était un bourgeois parisien du XIVe siècle qui a réellement existé, et qui aurait fabriqué la pierre philosophale, capable de changer le plomb en or. « Mais la meilleure preuve que Harry Potter est un récit de nature alchimique, précise le site, est sa ressemblance, ses points communs, avec un autre livre publié en 1616: Les noces chimiques de Christian-Rose-Croix. »

Dans ces conditions, l’auteur pouvait difficilement faire l’impasse sur un personnage aussi important que John Dee, sous la forme d’un petit jeu de mots. « Sir », Dijon vous doit beaucoup. Et Jondi est votre plus grand fan.

Publié par Bertrand Carlier

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