Danyel Waro : « Se ranger au rang d’humains »
Article publié le 22 mars 2014
INTERVIEW. Découvre un pan de l’histoire de France qu’on a « oublié » d’inscrire dans les manuels scolaires.
C’est sur une terre d’esclavage, aboli à la Réunion le 20 décembre 1848, qu’est né le maloya. Interdite à la fin des années cinquante par l’administration coloniale, cette musique de révolte a resurgi à la fin des seventies pour s’imposer, avec le séga, comme l’un des deux styles majeurs de cette petite ile de l’océan Indien. Militant de la première heure, Danyel Waro, fils d’agriculteurs d’une fratrie de 12 enfants, est lui en quelque sorte devenu le « Bob Marley réunionnais ». De passage à la Vapeur le 29 mars prochain, il est sans doute le mieux placé pour en parler.
Vous pouvez expliquer ce que c’est que le maloya? En métropole on ne connait pas toujours bien.
C’est ça la question?
Oui, la question c’est “Kosa il é maloya?”
Le maloya c’est une musique, c’est une danse, c’est un rituel aussi.
La musique est à la fois profane et sacrée, traditionnelle, elle se joue normalement avec quelque chose “de bois”, venue principalement d’Afrique et de Madagascar, avec sur place un apport indien et européen. Les thèmes sont les sentiments, la vie, le temps qui passe, “tout ça là”.
-
A la base c’est une cérémonie d’hommage aux ancêtres. On met à manger, on chante, on danse, on s’amuse pour montrer qu’on est encouragés, bien guidés… c’est d’origine malgache et c’est principalement pour s’amuser.
Depuis le début, depuis l’esclavage, c’est plus ou moins toléré parce que c’est sur la terre des maîtres. C’est déconsidéré parce que les hommes qui le jouent sont déconsidérés et c’est assez vivant.
Dans les années soixante il y a eu des pressions politiques, avec mes yeux je n’ai rien vu. Il a fallu un combat par l’intermédiaire du Parti communiste pour redémarrer ce mouvement qui touche toutes les couches de la population. Surtout avec la gauche en 81 c’est devenu une matière économique avec des enregistrements, avec des soirées, tout ça, ça a un peu redémarré.
Moi j’avais 20 ans quand pour la première fois j’ai entendu le maloya. Je n’avais pas grandi dans la musique mais ça m’a secoué. Maintenant je reste dans la tradition mais avec mes paroles, avec mes sentiments.
Aujourd’hui il y a plein d’enregistrements de maloya. Même si à la télé et à la radio ça reste faible, à la Réunion ça a fait un boom. En dehors… c’est difficile de sortir. On commence à être connus mais ça demande encore à se développer. Il y a de plus en plus de groupes qui jouent, Lindigo, Christine Salem, Nathalie Natiembé… qui tournent un peu en dehors, dans les festivals, qui font différentes formes de maloya. Moi je le fais mais avec mon « causement », mes propres compositions.
Vous lui donnez une signification plus politique…
Parce qu’à une époque c’était interdit. C’était l’époque du Bumidom [ndlr : Bureau des migrations pour les Départements d’Outre-Mer], des enfants de la Creuse [Réunionnais déracinés pour repeupler les campagnes françaises], les années Debré [Michel, élu député de la Réunion en 1963]… on aime bien faire le jeu de mots “années Debré, années de braise”.
C’est vrai qu’on parle beaucoup des requins à la Réunion mais on en a aussi quelques-uns en métropole…
Oui, requins sur terre, requins sur mer, tout ça ça existe. Mais on fait ça aussi pour partager notre humanité, nos sentiments, nos identités. Pour se ranger au rang d’humains parce qu’on a un passé qui a subi l’esclavagisme et on veut regagner cette liberté, montrer qu’on est debout, montrer qu’on est libres, montrer qu’on est un peuple, montrer qu’on est nous-mêmes.
Vous vous adressez donc avant tout aux Réunionnais?
Bien sûr, parce qu’on est concernés en premiers. Mais le message lui est universel en même temps parce qu’il y a les mêmes sentiments partout et c’est ça le plus important. On donne un sens aussi, on veut raconter notre réalité.
Malgré tout dans vos concerts, c’est l’esprit festif qui ressort.
Parce qu’il y a la danse avec. Ce n’est pas seulement un blues mélancolique, on peut parler de choses graves et rire et danser avec, parce que c’est ça la vie: danser comme des feuilles dans le vent. Ce n’est pas tout l’un ou tout l’autre: dans l’histoire il y a eu l’amour et le viol. Il faut trouver, chercher, équilibrer, chanter la beauté. On n’est pas seulement dans la mélodie, la complainte: c’est une énergie partagée. Les anciens, dans les pires difficultés, ont su garder l’humour, le goût de la danse, le goût de la vie.
Propos recueillis par Bertrand Carlier
Réagissez à cet article



Ecoutez cette voix : http://www.youtube.com/watch?v=cJh4DZtNy4s
Hâte d’y être !!!
En couple avec un réunionnais depuis plusieurs années, je peux témoigner que lorsque l’on découvre la Réunion et que l’on tombe amoureux de sa complexité, des ses paysages et de sa culture méconnue, Danyel Waro devient un vrai symbole. Sa voix transperce, ses rythmes transcendent et ses textes (quand on a la chance de les comprendre ou de se les faire traduire) donnent à réfléchir. Un grand, grand artiste. Une chanson (parmi les plus célèbres) qui montre l’étendue de ses talents : http://www.youtube.com/watch?v=b-1fKsQkdIc
Bon concert zot tout’ ! La Renyon lé la ;-)
zoreil ayant habité la reunion,venez nombreux pour le concert ,vous ne regretterez pas,tous ensemb pwou fé la fet…