En grève de la faim contre la mort du spectacle

Article publié le 12 avril 2014

Il a arrêté de s’alimenter depuis 34 jours. Le metteur en scène dijonnais Franck Halimi, 17 kilos de moins depuis (rectificatif: 19, « j’ai bien le droit d’avoir mes p’tites coquetteries »), proteste contre la réforme de l’assurance-chômage, qui menace notamment le statut des intermittents du spectacle. Il interpelle directement l’ancien maire de la ville, François Rebsamen, fraichement nommé ministre du Travail, de l’Emploi et du Dialogue social, à qui il (entre autres) a fait signer il y a quelques jours, alors que la campagne des Municipales battait son plein, la Tribune du Comité de suivi de la réforme de l’assurance-chômage des intermittents.

Samedi 12 avril. Il y a un mois pile, Franck Halimi, « metteur en zen » connu aussi sous le nom de Franck de Bourgogne, annonçait dans les locaux de la Direction régionale des Affaires culturelles (Drac), à l’occasion de la marche pour la Culture: « Depuis dimanche 9 mars à 22 heures, j’ai cessé de m’alimenter et je ne bois plus que de l’eau. Et cela durera tant que les négociateurs de l’Unédic n’opéreront pas sur une base juste, telle que préconisée par la plate-forme du comité de suivi de la réforme de l’assurance-chômage des intermittents. » (télécharger le discours complet) Dix-neuf kilos et trente-quatre jours de « carence » plus tard, il nous reçoit dans son appartement dijonnais. Rassurez-vous, il va bien. Il est même plus remonté que jamais.

« L’oignon fait la farce » 

On l’a certes connu plus joufflu, il n’en a pas moins gardé son énergie naturelle, le genre monté sur 220 volts. Ce n’est pas parce que sa seule alimentation se résume à deux bouteilles d’eau au pied de son lit qu’il a perdu sa soif de culture. Il continue de travailler et on peut en témoigner: ces derniers jours on le croise un peu partout où un bon spectacle se trame. Mais pour l’interview, ce sera en direct de sous ses draps rouges: « C’est là que je me sens bien. On fait nos réunions ici. » Car si l’initiative est personnelle, en marge de la coordination nationale, c’est bien l’ensemble des intermittents, intérimaires et précaires que Franck invite à se saisir de son action. « Parce que l’oignon fait la farce. » Arrête, tu vas nous donner faim.

Franck Halimi, dit Franck de Bourgogne, en grève de la faim depuis 34 jours. © Bertrand Carlier

Franck Halimi, dit Franck de Bourgogne, en grève de la faim depuis 34 jours. © Bertrand Carlier

« Le monde n’est pas en crise financière mais en crise sociétale. Ce qui, à un moment, était une barrière est devenu une fracture, qui s’agrandit. C’est lié au fait que ceux qui décident n’ont pas conscience des réalités. Le fossé se creuse, et plus le fossé est creusé, plus le creuset est faussé. On a des marionnettistes qui sont en train de comprimer le monde du travail, faisant en sorte qu’il y ait de moins en moins de droits sociaux collectifs, pour pouvoir l’utiliser à leur guise. »

Par « on », le metteur en scène vise directement et nommément les instances nationales (« parce que dans les antennes régionales, ils ne connaissent pas les premiers mots de notre dossier ») du Medef: « Le problème de l’intermittence du spectacle est qu’elle représente un grave danger, non pas économique mais idéologique, philosophique: avec l’intérim, il est le dernier endroit un tantinet protégé par un statut. » Un point de vue que partage Samuel Churin, porte-parole de la Coordination des intermittents et précaires, qui, dans une récente interview à Libération, affirmait sans détour: « Le Medef est inquiet et ne veut pas que nous servions de modèles pour les autres. » (lire l’interview intégrale)

« Conciliabules en vestibule »

A l’origine, la grève de la faim devait « peser sur les négociations » qui ont eu lieu dans la nuit du 21 au 22 mars et qui ont abouti sur un accord entre les partenaires sociaux, que le comité présente comme une mascarade. Dans son document « Conciliabules en vestibule » (télécharger le pdf complet), il dénonce une suspension de séance de 11 heures pour 15 minutes de « négociations » effectives. « En fait de négociations, ce ne sont qu’interruptions interminables de séance leur permettant des conciliabules de couloirs et des arrangements bilatéraux hors de la salle, par tous les syndicats à l’exception de la CGT restée, elle, à la table des négociations sans voir personne ! »

Aucune raison pour Franck de s’arrêter, « tant que les choses n’auront pas bougé ». Hasard du calendrier, « divine surprise », le maire de Dijon François Rebsamen, réélu pour un troisième mandat, a entre-temps été appelé au poste de ministre du Travail, de l’Emploi et du Dialogue social. « Je compte bien en profiter pour lui rappeler qu’il y a quelques jours de cela, il signait la Tribune du Comité de suivi de la réforme de l’assurance-chômage des intermittents (télécharger le pdf). Il faut maintenant qu’il assume cette signature. » Le gréviste salue au passage l’engagement du député Laurent Grandguillaume, « qui est dans une position pas évidente puisqu’il est au PS, mais qui prend ses responsabilités ».

La suite ? Ce lundi, François Rebsamen doit s’entretenir avec son homologue à la Culture Aurélie Filippetti. « On m’a dit qu’elle avait pris de mes nouvelles. J’attends une déclaration à l’issue de cette rencontre. » Pour tout dire, nous aussi… à titre informatif, et en guise de conclusion, ce court film résume les enjeux du débat.

Bertrand Carlier

 

Pour aller plus loin… La vidéo réalisée par nos confrères de France 3 Bourgogne.

Publié par Jondi

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6 commentaires

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  1. Carlier

    Bonjour,
    Pour que cette grève de la faim soit suivie d’effet plus large, je propose un moyen d’y arriver.
    La commission européenne est dans l’obligation de proposer une loi au parlement européen et au conseil lorsque 7 résidents de 7 pays européens différents proposent un pétition signée par 1 million d’européens. Et cela peut aller vite ça nous avons tous notre réseau…
    Franck et l’ensemble des personnes qui l’entourent connaissent suffisamment d’autres résidents en Europe pour réaliser cette pétition qui demanderait enfin un statut européen de l’intermittence incluant les revendications actuelles qui sont plus que justes, puisqu’essentielles pour préserver et développer la Culture.
    L’idée est que la France ne soit plus l’exception et que le combat de Franck et des autres intermittents soit au delà de notre frontière pour que le concept d’intermittence du spectacle soit enfin stabilisé et surtout généralisé à l’Europe. Ainsi, en terme juridique, la hiérarchie des normes prévalant à l’Europe, la France sera obligée de suivre…
    Je suis prête à participer à mon niveau à la rédaction de ce type de pétition mais n’est pas le réseau culturel pour lancer l’opération et surtout n’ai pas la technicité verbale pour mettre en avant tous les points cruciaux de l’intermittence à défendre.
    il faut faire vite en tous cas !
    Mais c’est possible.
    Caroline

  2. drouot52

    ne lacher rien, mais ne mettez pas votre vie en danger, il faut vous soutenir allez chercher du soutien avec la population et ses environs, des partis de gauche