Uladislas, roi de la « lose »

Article publié le 6 mai 2016

À l’intérieur de la cathédrale Saint-Bénigne, à Dijon, se trouve la pierre tombale d’Uladislas, un prince polonais méconnu, qui toute sa vie a tenté de devenir roi.

L'une des rares images restantes du roi Uladislas est visible, à moitié, sur une pierre tombale dans la nef de la cathédrale Saint-Bénigne (4e tombeau à droite) © Bertrand Carlier

L’une des rares images restantes du roi Uladislas est visible, à moitié, sur une pierre tombale dans la nef de la cathédrale Saint-Bénigne (4e tombeau à droite) © Bertrand Carlier

Mais comment un héritier du trône de Pologne s’est-il retrouvé enterré à Dijon? Les auteurs du livre antique L’Art de vérifier les dates des faits historiques, des chartes, des chroniques, et autres anciens monuments, depuis la naissance de Jésus-Christ ont tenu à rendre ses lettres de noblesse à ce personnage, ignoré des historiens polonais et bourguignons. 

Cette aventure commence avec le roi polonais Casimir III. « Par chasteté » comme on dit à l’époque, il fait s’éteindre avec lui en 1370 la dynastie des Piastes en Pologne, « après y avoir subsisté 528 ans ». Il reste cependant un « rejeton » : Uladislas, neveu de Lobetek et fils du duc Casimir le Blanc.

Le roi Casimir préfère à Ulalislas « un étranger comme successeur ». Uladilslas décide alors de partir en retraite en France. Mais l’accueil qui lui est réservé à la cour n’est pas très chaleureux, les Français étant pris dans une guerre contre les Anglais.

Il se rend alors à l’abbaye de Cîteaux dans laquelle il devient religieux convers en 1356, avant d’être déplacé pour difficultés d’adaptation à la vie austère. L’évêque de Langres le fait intégrer à l’abbaye Saint-Bénigne, « où il lui fit avoir l’office hôtelier avec deux prébendes de prêtre, et un domestique ».

Première tentative

Pendant ce temps en Pologne, Louis est proclamé roi à la mort de Casimir III, qui l’avait fait « reconnaître pour son successeur dès 1355 ». Mais les Polonais ne sont pas satisfaits de sa gouvernance et de son administration. Ils se soulèvent, jusqu’à une sédition qui oblige Louis à quitter le trône en 1376.

C’est alors que les chefs de la révolte contactent Uladislas pour « l’engager à venir prendre possession du trône de Pologne qui lui avait été injustement enlevé ». Cette nouvelle réveille « l’ambition du cénobite » et il s’empresse de partir rejoindre son pays d’origine.

Seulement, une triste surprise l’attend à son arrivée : « La fidélité des gouverneurs que Louis avait mis dans les places fit échouer le projet ». Il repart donc à Saint-Bénigne où on l’appelle désormais le roi Lancelot.

On ne lâche rien

Sigismond, marquis de Brandebourg, prend la succession de Louis à sa mort. Mais, une fois de plus, la nation polonaise se soulève car le nouveau roi est jugé trop « fier de caractère ». 

Le groupe de partisans d’Uladislas ne cesse de croître et de se renforcer. Le prince est donc de nouveau pressé de revenir, et on lui assure que « pour cette fois, le sceptre ne pouvait lui échapper ». Il accepte, mais prend le temps de s’organiser : il obtient du Pape Clément VII le 4 juillet 1382 un bref lui ordonnant « d’aller prendre possession du royaume de Pologne qui lui était offert ». De plus, le 13 septembre 1382, le Saint Père lui fait expédier « un bref de sécularisation dans lequel toute sa vie se trouve écrite ».

Il est prêt à rejoindre la Pologne, persuadé que cette fois, c’est la bonne. À son arrivée, il est acclamé, tous lui jurent fidélité et « promirent de répandre leur sang pour le faire monter sur le trône de ses ancêtres ».

Sauf que la fille de Louis, Hedwige, est prétendante au trône. Les Polonais n’en voulaient pas car elle projetait de se marier avec un prince de la maison d’Autriche. Mais celle-ci finit par accepter que la nation polonaise choisisse son époux, afin d’accéder au titre de reine.

Pendant ce temps, les partisans d’Uladislas diminuent de jour en jour, tandis que la rivale de ce dernier progresse. Uladislas choisit de fuir « honteusement », et aurait erré trois ans en Allemagne, avant de décider de rejoindre son monastère. Mais la maladie le stoppe à Strasbourg. Il meurt en 1388.

Dans son testament il ordonne à ses serviteurs « de reporter son corps à Saint-Bénigne ». Ce qu’ils firent. Voilà pourquoi on peut trouver le tombeau d’un prince polonais dans la nef de la cathédrale (quatrième pierre tombale à droite).

Publié par Deborah Vital

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